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Visite / assemblée VS

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Sarah Nedir

L’East End lémanique : potentiels du post-industriel au bout du lac

La plaine du Rhône accueille diverses manifestations de production : agricole, industrielle et même artistique. Götz Menzel nous parlera de ce lieu en mutation qui présente des cohabitations particulièrement étonnantes, voire prometteuses. Elle illustre des cadres de vie alternatifs, présentant des pistes de réflexion pour l’aménagement du territoire. L’enceinte de l’ancienne raffinerie s’ouvre à nous, avant son démentellement et son déménagement à l’étranger. Nous rencontrons son voisin, l’artiste Édouard Faro qui nous accueille dans sa maison atelier, au milieu de halles artisanales.

Crépuscule

Fin d'après-midi de novembre. Les cheminées de la raffinerie se détachent sur fond de panorama alpin, donnant au site de Collombey des allures de pas de tir. Au-delà des barrières de sécurité, plus de quatre-vingt ouvriers s’affairent sur d’innombrables conduites métalliques au milieu d’un bal de camions chargés de cuves semblables à aux étages d’une fusée. Ils viennent d’Iran, travaillent pour une entreprise allemande et mènent des missions sur l’ensemble de la planète. On les appelle « The Dismentlers », un métier d’avenir, éboueurs de l’industrie obsolète de notre planète. Leur mission sur le site de Collombey doit durer deux ans. Ils sont engagés par Tamoil pour inventorier, photographier, assainir, nettoyer, préserver, démonter, emballer, stocker et évacuer toute l’infrastructure métallique de la raffinerie.

Si cette visite au crépuscule peut sembler être une mise en abîme du déclin de l’industrie pétrolière, la destination finale de cette infrastructure démontée comme un mécano, n'illustre-t-elle pas plutôt une volonté politique de délocalisation de ce type d’industrie polluante. L’ensemble est envoyé par containers en Pologne. Ensuite? Personne ne sait.

Émergence

Traversée du canal. Au milieu de la zone industrielle voisine de la raffinerie, entre quelques baraquements ouvriers des années soixante, un portail donne accès à un monde parallèle, une zone grise, dans laquelle un espace de liberté totale a pris racine, à la manière de la végétation qui émerge dans les fissures d’un mur. Les couverts d’un vieux dépôt abritent une succession d’espaces délimités par un astucieux système de portes coulissantes. Elles donnent accès à l’atelier de l’artiste Edouard Faro et sa corneille Ka. Entrelas de toitures composées d’éléments issus de la récupération, temple du réemploi, cette auto-architecture révèle la relation privilégiée que l’architecture peut entretenir avec son occupant. 

Archipel

Ces deux univers cohabitent sur un territoire commun dont l’identité se définit par sa topographie horizontale enserrée entre les montagnes. L’embouchure de la plaine du Rhône, un territoire à vocation industrielle que Götz Menzel appelle l’East End lémanique. Un territoire sauvage, sur lequel la montagne s’est autrefois éffondrée, modifiant sa topographie, déviant le cours de son fleuve et de ses affluants. Un territoire dont le centre n’a pu être occupé qu’à force de travaux d’assèchement et de corrections fluviales. Un territoire si plat que son développement construit est aussi aléatoire que la présence des îles sur un océan. Comme les fissures, les interstices vivent des tensions que créent les éléments qu’ils relient.