
De nouveaux savoirs pour une -conscience tranquille
Au fond, tout le monde est d’accord: «Le béton, c’est mal. Son bilan carbone est catastrophique. Pour construire durable, il faut s’en passer.» Dans les conférences comme lors des tables rondes, les spécialistes acquiescent d’une seule voix. Mais les projets concrets de construction ramènent vite à la réalité: on ne se passe pas si facilement de ce matériau. Qu’il s’agisse d’infrastructures, de contreventement parasismique ou de fondations en terrain humide, le béton s’impose souvent faute d’alternative.
Il ne s’agit pas, dans ce numéro, de mettre le béton sur un piédestal. Loin de là. Nous avons toutefois essayé de ne pas le condamner par réflexe. Aucun secteur n’est soumis à une pression d’innovation aussi forte que l’industrie du béton. Une raison suffisante pour y regarder de plus près. Et les choses bougent: recyclage de matériaux triés par type, granulats à faible empreinte carbone et liants sans ciment sont en voie de développement. L’évolution des normes permet désormais de nouvelles formulations, tout en responsabilisant davantage les centrales à béton et les équipes d’ingénieurs (p. 6). Et c’est une bonne chose. Aux architectes qui ont mauvaise conscience, nous répondons: l’usage du béton n’est pas toujours coupable.
Les projets présentés ici montrent comment. Pour la structure porteuse de la tour Alto à -Zurich, le béton a été employé à bon escient: avec parcimonie, efficacité, pour un bilan -carbone comparable à celui d’une construction hybride (p. 13). À Copenhague, des poutres en béton précontraint n’ont pas été broyées, mais réemployées sur place pour une fonction équi-valente (p. 30). À Bondo, le nouvel ouvrage de protection réalisé après la coulée de boue de 2017 est désormais achevé (p. 20). Face à de tels déchaî-nements des éléments, le béton est sans équi-valent – et pas toujours sans élégance. Dans l’urgence des débats environnementaux, l’esthétique de la «pierre liquide» passe souvent au -second plan. C’est pourquoi nous souhaitions présenter des photographies du gros œuvre du projet de gare Stuttgart 21. Aussi controversé soit-il, le projet déploie dans l’espace une élégance que seul le béton permet. Reste à espérer qu’à l’avenir nous saurons user de ces qualités avec davantage de discernement – et bientôt les admirer la conscience tranquille.
— Christoph Ramisch