
Qu’est-ce qui est grand, gris, très coûteux et ne se transforme que lentement ? Notre infrastructure technique: des cheminées d’où surgissent des nuages, des tuyaux traversés à toute allure par des voitures, des bassins brassés par des râteaux, des antennes qui se dressent dans le ciel. Ce ne sont pas des pièces pour un dîner de gala, mais les salles des machines de notre civilisation. C’est grâce à cette infrastructure que nous gérons notre mobilité quotidienne, notre communication, l’approvisionnement et l’élimination des matières et de l’énergie. Elle nous soulage et nous donne les coudées franches. Nous en sommes dépendants et pourtant, elle est souvent invisible ou du moins reléguée à l’arrière-plan. Parfois, nous ne la voyons même pas parce qu’elle est tout simplement trop grande.
Ces dernières années nous ont montré à quel point les infrastructures systémiques sont délicates. Des pénuries de matière première nous ont incité à économiser, on nous a demandé d’être solidaires, mais aussi de trouver de nouvelles idées pour augmenter la résilience de ces systèmes et de ces aménagements. Les conséquences du changement climatique exigent elles aussi une transformation de l’infrastructure technique, en particulier en ce qui concerne la gestion de l’eau et l’approvisionnement en éner- gie. Les pouvoirs publics, en tant que mandataires, doivent mettre la main au porte-monnaie. La mise à jour et l’amélioration d’installations existantes sont souvent coûteuses en temps et en argent et la planification devient largement prévisionnelle. Malgré tout, l’acceptation de ce genre de projets est grande parmi la population. Car s’il n’y avait plus de courant à la prise, notre quotidien en serait bouleversé.
C’est surtout dans un contexte urbain que les surfaces dédiées à l’habitat et les infrastructures se retrouvent de plus en plus en situation de concurrence. Ce cahier montre qu’aujourd’hui, un colosse gris comme la couverture autoroutière de Schwamendingen doit être davantage qu’une pure construction utilitaire. Elle abrite le parc Ueberland et assure ainsi une mise en réseau écologique, tout en apportant un espace libre précieux à ce quartier en pleine croissance. D’autres projets, comme la place de jeux créée dans l’ancien bassin de décantation d’Aproz ou le Werkhof d’Uri, habillé de glissières de sécurité mises au rebut, illustrent également la réaffectation profitable de cet héritage d’infra- structures désaffectées. Le Funicular da Graça à Lisbonne prouve qu’avec un nouveau funi- culaire, tout peut rester comme avant, mais en moins pénible. Il montre également pour quelle raison l’infrastructure est encore là: pour faire plaisir. — Lucia Gratz